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Minéralogie
05/10/2026

La lussatite, l'opale d'Auvergne

La lussatite, l'opale d'Auvergne

Une opale née dans le bitume

La lussatite est une forme naturelle de silice, la même famille chimique que le quartz, l'agate ou l'opale. Elle a été décrite pour la première fois en Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, et tiré son nom du petit village de Lussat, au nord-est de Clermont-Ferrand.

On la surnomme « l'opale d'Auvergne » parce que les scientifiques la rangent aujourd'hui parmi les opales, dans une catégorie précise appelée opale-CT. Elle ne ressemble pourtant pas aux opales de bijouterie qui brillent de mille couleurs : elle forme le plus souvent de petites perles bleutées, posées sur une roche noire imprégnée de bitume.

Ce mélange étonnant, de la silice claire sur un fond de goudron naturel, en fait l'une des curiosités minéralogiques les plus typiques de France. Les beaux échantillons sont aujourd'hui recherchés par les collectionneurs, car les principaux gisements sont fermés ou détruits.

Quand et où elle a été découverte

La lussatite a été nommée en 1890 par le minéralogiste français Ernest Mallard. Il l'a présentée dans le Bulletin de la Société française de Minéralogie (tome 13), sous un titre qui annonçait « une nouvelle variété cristallisée de silice ».

Mallard l'avait observée à deux endroits du Puy-de-Dôme. À Lussat, elle formait de petites boules dans un gisement de bitume. À Pont-du-Château, tout proche, elle recouvrait d'une fine pellicule certains cristaux de quartz.

Pour l'étudier, il a taillé des lames de roche si fines que la lumière les traverse, puis les a observées au microscope. Il a vu une matière faite de fibres, qui ressemblait à de la calcédoine mais réagissait différemment à la lumière. Il a aussi mesuré une densité de 2,04, plus proche de celle d'une opale que de celle du quartz. Mallard notait déjà qu'elle n'était jamais pure et toujours accompagnée de silice non cristallisée.

Le lieu de la découverte n'existe plus. Il s'agissait d'une carrière à ciel ouvert, à l'est du village, creusée dans une roche volcanique très riche en bitume. Elle a été détruite en 1969. Les perles de lussatite qu'on y trouvait étaient bleutées ou jaunes, et de très belle qualité.

Ce qu'elle est vraiment

La lussatite n'est pas un minéral à part entière : c'est une variété d'opale, et plus précisément d'opale-CT. Elle ne figure donc pas sur la liste officielle des espèces minérales tenue par l'Association minéralogique internationale (IMA).

Pour comprendre, il faut savoir que la silice peut s'organiser de plusieurs façons. Le quartz est rangé de manière très ordonnée. L'opale ordinaire est presque désorganisée. Entre les deux, il existe deux autres arrangements, la cristobalite et la tridymite. Les lettres C et T d'« opale-CT » viennent de ces deux noms : la lussatite est un empilement désordonné de minuscules feuillets de cristobalite et de tridymite.

Cette compréhension s'est construite en trois étapes :

1. 1890 : Mallard la décrit comme une silice cristallisée nouvelle, grâce au microscope.

2. 1932 : le chercheur J. Novák l'analyse aux rayons X et la décrit comme une calcédoine riche en cristobalite.

3. 1991 : O. W. Flörke et ses collègues proposent une classification des silices mal cristallisées. La lussatite y est rattachée à l'opale-CT, et c'est ce classement qui est retenu aujourd'hui.

Sa formule chimique est celle de toutes les opales : de la silice accompagnée d'un peu d'eau, notée SiO₂ · nH₂O.

Comment elle s'est formée

La lussatite est née de la rencontre entre des lacs anciens, des volcans et de l'eau chaude, dans la plaine de la Limagne.

Il y a environ 25 millions d'années, la Limagne était une grande dépression occupée par des lacs et des marais. Au fond se sont accumulées des boues calcaires et de la matière organique, qui ont donné les calcaires de la région et, avec le temps, du bitume.

Plus tard, le volcanisme auvergnat s'est réveillé. Le magma, en arrivant dans ces sédiments gorgés d'eau, a produit des roches mélangées appelées pépérites. Cette activité a aussi fait circuler de l'eau chaude dans les fissures des roches : c'est ce qu'on appelle l'hydrothermalisme.

Cette eau transportait de la silice dissoute. En refroidissant, elle l'a déposée dans les fissures, les cavités et même à l'intérieur de fossiles. C'est ainsi que se sont formées la lussatite et la calcédoine qui l'accompagne presque toujours. Les spécialistes la classent parmi les dépôts hydrothermaux de basse température.

Sous quelles formes on la trouve

La lussatite ne forme jamais de beaux cristaux à facettes. Elle se présente sous plusieurs aspects :

• Les perles ou sphérules : de petites boules lisses et brillantes, souvent posées sur le bitume.

• Les gouttes et grappes : des amas arrondis, qui rappellent des gouttes figées.

• Les fleurs : des rosettes plates où la lussatite et la calcédoine s'enroulent autour d'un centre et se terminent parfois par de petits cristaux de quartz transparents.

• Les placages : de fines couches qui tapissent les fissures de la roche ou recouvrent des cristaux de quartz.

• En remplacement : sur et dans des fossiles animaux et végétaux

Coupée en deux, une perle montre souvent un cœur de calcédoine entouré de fibres de lussatite disposées en rayons.

Un détail surprend : la lussatite pure est incolore. Sa célèbre teinte bleue vient en grande partie de la façon dont la lumière est diffusée dans sa structure, le même phénomène qui rend le ciel bleu (effet Tyndall). La matière organique et le bitume voisins peuvent aussi lui donner des nuances jaunes, vertes, brunes, orangées, violettes ou noires.

Sous une lampe ultraviolette, elle peut briller d'une lueur blanche à bleu pâle.

Les hélix en lussatite : des escargots devenus opale

Les hélix en lussatite sont des escargots fossiles dont l'intérieur a été rempli par de l'opale. Ce sont parmi les pièces les plus spectaculaires et les plus appréciées de la Limagne.

L'espèce concernée s'appelle Helix ramondi, un escargot très courant en Limagne il y a environ 25 millions d'années. À leur mort, beaucoup de ces escargots ont été pris dans les boues calcaires et les dépôts volcaniques. Leur coquille vide est devenue une petite cavité.

Plus tard, l'eau chaude chargée de silice s'est infiltrée dans ces coquilles et y a déposé de la lussatite, couche après couche. Le résultat est un moulage de l'escargot en opale. Selon les cas :

• la coquille est encore présente et le cœur est rempli de lussatite ;

• la coquille a disparu, dissoute, et il ne reste que le moulage en opale ;

• le remplissage est partiel, avec du bitume ou de la roche dans la partie haute.

Certains échantillons sont remarquables : l'un d'eux réunit 22 escargots transformés sur un même bloc. J’ai personnellement découvert en 2019 avec deux « amis », une plaque contenant plus d’une cinquantaine d’escargots, certains en Lussatite, d’autres non. Mais cette plaque m’a été volé par les co-decouvreurs (A.B & F.R) et revendue illégalement à un collectionneur privé.

En 2011, un affleurement de pépérites à l'est de Clermont-Ferrand a livré de nombreux hélix, tous à peu près de la taille d'une pièce d'un euro. On y a aussi trouvé des limnées et des planorbes, des escargots d'eau douce, eux aussi remplis de lussatite, ainsi que des traces de racines fossiles contenant des gouttes d'opale.

On trouve également ces hélix à Lussat et à la mine des Rois de Dallet.

La mine des Rois et les autres gisements auvergnats

Les plus beaux échantillons de lussatite viennent de la mine des Rois, à Dallet, près de Pont-du-Château. Son nom complet est mine du Colombier des Rois.

C'était une mine d'hydrocarbures, exploitée de la fin du XIXe siècle jusqu'en 1983 pour son bitume. Ses galeries traversent des couches de marnes et de calcaires. Les mineurs y ont trouvé, en plus de la lussatite, de nombreux fossiles : tortues, crocodiles, flamants, coquilles d'œufs, escargots. Une partie est conservée au Muséum d'histoire naturelle de Londres.

Aujourd'hui, les galeries ne sont plus accessibles car elles se sont effondrées par endroits. Le site a pourtant été sauvé de la destruction : il abrite des chauves-souris protégées, et des associations de géologues et de naturalistes travaillent à le mettre en valeur.

D'autres lieux de la Limagne ont livré de la lussatite. La revue spécialisée Le Règne Minéral lui a consacré un numéro spécial en 2015, qui cite notamment :

Lussat (localité d'origine, détruite en 1969)

Mine des Rois

Pont de Dallet

Pont-du-Château

Puy de Crouel

Puy de la Poix

Carrière de Gandaillat

Puy de la Bourrière

Ailleurs dans le monde, et le cas du Brésil

Le nom « lussatite » reste attaché à l'Auvergne, mais de la silice du même type a été signalée ailleurs. L'encyclopédie Britannica mentionne la République tchèque, l'Autriche et la Hongrie. La base de données Mindat cite aussi l'Australie-Méridionale et la Nouvelle-Zélande. Ces signalements sont rares et moins documentés que ceux de la Limagne.

Pour le Brésil, il faut distinguer deux choses.

De l'opale-CT existe bien au Brésil. Une étude de l'université fédérale de Rio de Janeiro a analysé les opales de Buriti dos Montes, dans l'État du Piauí, et les a classées dans le type CT. Puisque la lussatite est une opale-CT, ces pierres sont de la même famille sur le plan scientifique. Elles ne sont cependant pas appelées lussatite et n'ont pas son aspect en perles sur bitume.

Beaucoup de fausses « lussatites » viennent du Brésil. Des rosettes de calcédoine brésiliennes, appelées fleurs ou roses de calcédoine, ressemblent aux fleurs de la Limagne. Elles sont régulièrement vendues sous le nom de lussatite, parfois pour les vendre plus cher. On les reconnaît à l'absence totale de bitume et de roche d'origine.

Je n'ai trouvé aucune source fiable décrivant une découverte précise de lussatite au Brésil (lieu, date, auteurs). Une encyclopédie collaborative en ligne la signale en Amérique du Sud, sans référence vérifiable. Faute de preuve, cette « découverte » n'est pas présentée ici comme un fait établi.

Reconnaître une vraie lussatite

Une lussatite authentique d'Auvergne se reconnaît surtout à son environnement : elle est presque toujours associée au bitume. Quelques repères :

• La roche : calcaire bitumineux noir ou brun, ou pépérite volcanique.

• L'aspect : perles, gouttes ou fleurs, souvent bleutées, accompagnées de calcédoine et parfois de petits quartz.

• La provenance : Lussat, Dallet, Pont-du-Château, Lempdes ou Clermont-Ferrand, idéalement avec une étiquette ancienne.

Deux pièges sont connus des collectionneurs :

1. Les calcédoines du Brésil vendues comme lussatite, sans bitume ni roche d'origine.

2. Les pièces recollées : sur certains vieux échantillons de la mine des Rois, des fleurs ou des perles détachées ont été recollées avec du bitume, à leur place d'origine ou ailleurs.

Pour les scientifiques, la différence avec la calcédoine se voit au microscope polarisant. Les fibres de lussatite et celles de calcédoine ne s'allongent pas dans le même sens optique : c'est le critère qu'utilisait déjà Mallard en 1890.

Questions fréquentes

Est-ce une pierre précieuse ? Non. C'est une opale dite commune, sans jeu de couleurs. Sa valeur vient de sa rareté et de son histoire, pas de son éclat en bijouterie.

Peut-on encore en trouver soi-même ? C'est devenu très difficile. La localité d'origine est détruite, la mine des Rois est fermée et dangereuse, et la plupart des affleurements sont sur des terrains privés ou protégés.

Pourquoi l'appelle-t-on aussi lussatine ? Lussatine est un ancien synonyme, parfois utilisé pour désigner la même silice. Le terme lussatite est celui qui s'est imposé.

Quel âge a-t-elle ? Les calcaires et les escargots qu'elle remplit datent de la fin de l'Oligocène et du début du Miocène, autour de 25 millions d'années. La lussatite s'est déposée après, lors de la phase d'eau chaude liée au volcanisme.

Sources

• Mindat – Lussatite (nom donné par Mallard en 1890, localités, référence au Règne Minéral HS 21, 2015)

• Le Comptoir Géologique – La lussatite de Lussat (R. Bornet, 2024 : Mallard 1890, Novák 1932, Flörke 1991, destruction du gisement en 1969)

• Le Comptoir Géologique – Encyclopédie : lussatite (couleurs, fluorescence, hélix, faux)

• Le Comptoir Géologique – Mine des Rois (exploitation jusqu'en 1983, fossiles, protection du site)

• Planet-Terre (ENS Lyon) – Escargots remplis de lussatite et Helix ramondi fossilisés

• Encyclopædia Britannica – Lussatite (autres pays)

• Anuário do Instituto de Geociências, UFRJ (opales CT de Buriti dos Montes, Brésil)

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Fiches liées : Calcédoine · Cristobalite · Lussatite · Opale · Quartz · Tridymite · Dallet · Dallet · Puy-de-Dôme

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