La Gardette, l’Or, le Quartz et ses macles
La Gardette
la mine d'or de l'Oisans qui a donné son nom à une macle de quartz
Au-dessus de Bourg-d'Oisans, une petite mine d'or du XVIIIe siècle n'a presque rien rapporté à ses exploitants. Elle a pourtant laissé une trace durable dans les manuels de cristallographie : une façon très particulière qu'ont deux cristaux de quartz de se souder en « V ». Voici l'histoire de la Gardette, et comment reconnaître sa célèbre macle.
Une mine d'or perchée au-dessus de l'Oisans
La Gardette se trouve en Isère, dans le massif de l'Oisans, sur le territoire de la commune de Villard-Notre-Dame, à environ une heure de marche de Bourg-d'Oisans. La mine exploitait un filon, c'est-à-dire une fissure de la roche peu à peu remplie par des minéraux déposés par des eaux chargées en éléments dissous. Imaginez une fente dans un mur que l'eau aurait lentement colmatée de cristaux : c'est l'image d'un filon.
À la Gardette, ce remplissage est surtout fait de quartz. L'or s'y trouve pris dans le quartz, accompagné d'autres minéraux métalliques comme la galène (un sulfure de plomb) et la chalcopyrite (un sulfure de cuivre et de fer).
Deux siècles d'espoirs et de déceptions
Les premières découvertes d'or sur le site remontent aux environs de 1717. Dans les décennies suivantes, des montagnards et des prospecteurs grattent le filon et portent des échantillons à la fonderie d'Allemont.
Le vrai tournant date de 1776 : la concession est accordée au comte de Provence, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII. Des travaux importants sont menés sous la conduite de Schreiber, lié à la fonderie d'Allemont. Le résultat est décevant, l'affaire n'est pas rentable, et les travaux sont suspendus en 1788.
Au XIXe siècle, plusieurs tentatives de reprise se succèdent, sans plus de succès. Les dernières recherches s'arrêtent définitivement en 1901. Au total, la Gardette n'aurait livré qu'une vingtaine de kilogrammes d'or. Les dates exactes varient selon les auteurs ; celles que j’ai retenues ici sont celles sur lesquelles plusieurs sources se recoupent.
La macle de la Gardette, expliquée simplement
Une macle, c'est l'association de deux cristaux (ou plus) d'un même minéral, soudés selon une orientation qui n'a rien de hasardeux : elle obéit à une règle géométrique précise, appelée « loi de macle ». Deux cristaux simplement collés n'importe comment ne forment pas une macle.
Le quartz connaît plusieurs lois de macle. Les plus fréquentes, dites du Dauphiné et du Brésil, sont presque invisibles à l'œil nu : il faut repérer de petites faces particulières pour les deviner. La macle de la Gardette est tout l'inverse. Les deux cristaux restent bien distincts et forment un « V ». C'est la seule macle courante du quartz où les deux individus se voient séparément.
Sa signature est un angle : l'axe d'allongement d'un cristal (l'axe c) et celui de son voisin forment un angle de 84°33', un peu moins qu'un angle droit.
(Mindat et le site de référence The Quartz Page donnent 84°33' ; la page Wikipédia française indique 84°34'.)
Les deux cristaux partagent une face de prisme, et l'ensemble est souvent aplati, comme une plaquette.
Ces macles sont classées parmi les macles de contact : les deux cristaux se touchent le long d'un plan, au lieu de s'interpénétrer. Elles sont rattachées à des « accidents » survenus pendant la croissance du cristal, et non à une transformation après coup. Elles restent rares.
Comment un nom français est devenu « japonais »
En 1829, le cristallographe Weiss décrit cette façon qu'ont deux quartz de s'assembler. Les beaux exemplaires de la Gardette servent alors de référence, et la loi prend tout naturellement le nom de la mine isséroise.
Plus tard, de nombreux gisements japonais livrent à leur tour de superbes macles de ce type, et le nom « macle du Japon » (Japan law en anglais) s'impose dans la littérature internationale. En France, on parle encore volontiers de « macle de la Gardette » : les deux expressions désignent exactement le même phénomène.
La Gardette offre ainsi un joli paradoxe : décevante pour l'or, elle est restée célèbre pour ses quartz d'une grande limpidité, qui ont fait sa réputation auprès des collectionneurs et des marchands de cristaux.
Conseils pratiques : où voir ces quartz et comment reconnaître la macle
N'allez pas à la mine. Dans un rapport de 1998, le BRGM recensait plus de quatorze entrées encore ouvertes sur la concession, avec des risques d'effondrement, et recommandait de les obturer. Depuis les travaux de mise en sécurité menés à la demande de l'État, le site est décrit comme totalement inaccessible ; il n'est pas ouvert au tourisme. Le BRGM comme la Maison Française de l'Or soulignent le danger des anciens ouvrages.
Allez plutôt à Bourg-d'Oisans. La collection du musée des Minéraux et de la Faune des Alpes comprend de l'or et des quartz de la Gardette. La mairie a signalé des travaux de rénovation du musée et une exposition temporaire en 2024 : vérifiez les conditions de visite auprès de la commune ou de l'office de tourisme avant de vous déplacer.
Reconnaître une macle de la Gardette sur un spécimen. Cherchez deux cristaux de quartz bien visibles, disposés en « V » et presque à angle droit (84°33'). Vérifiez qu'ils partagent une face de prisme commune, et que l'ensemble a tendance à être aplati. Attention à ne pas confondre une vraie macle avec deux cristaux qui se sont simplement croisés par hasard en grandissant : dans ce cas, l'angle n'obéit à aucune règle.
Le saviez-vous ?
• Une médaille pour un lingot. En 1786, une médaille fut frappée avec l'or du premier lingot tiré des mines de la Gardette.
• Une exception chez le quartz. Parmi les macles courantes du quartz, celle de la Gardette est la seule dont les deux cristaux ont des axes inclinés l'un par rapport à l'autre. Dans les macles du Dauphiné et du Brésil, les deux individus sont imbriqués dans un seul cristal d'apparence ordinaire.
Conclusion
La Gardette résume bien l'histoire minière de l'Oisans : beaucoup d'espoirs, une production d'or décevante, et des recherches abandonnées en 1901. Mais son vrai trésor est ailleurs. En prêtant son nom à une loi de macle du quartz, cette petite mine isséroise a gagné une place dans l'histoire de la cristallographie. La prochaine fois que vous croiserez un quartz « du Japon » dans une bourse aux minéraux, vous saurez que son nom d'origine est français.
Glossaire
• Filon : fissure de la roche remplie de minéraux déposés par des eaux circulant en profondeur.
• Macle : association de deux cristaux (ou plus) d'un même minéral, orientés selon une règle géométrique précise.
• Loi de macle : la règle qui fixe l'orientation des cristaux dans une macle (ici : Gardette/Japon, Dauphiné, Brésil).
• Macle de contact : macle dont les cristaux se touchent le long d'un plan, sans s'interpénétrer.
• Axe c : direction d'allongement principale d'un cristal de quartz, parallèle aux faces du prisme.
• Prisme : partie allongée du cristal de quartz, formée de six faces.
• Concession : autorisation accordée par l'État pour exploiter un gisement.
• Brannérite : minéral noir contenant de l'uranium et du titane, associé à l'or à la Gardette.
Sources
• BRGM, Concession du Pontet – La Gardette (Isère), rapport R 39962, 1998
• Géowiki, La Gardette et Les macles
• Maison Française de l'Or, Mine d'or en Isère : la mine de la Gardette
• Freney d'Oisans, L'Oisans souterrain : visite à la mine de la Gardette et Histoire brève de la mine d'or de la Gardette
• Mineralshow, Les célèbres mines de l'Oisans – la mine de la Gardette
• mindat.org, Quartz
• The Quartz Page, Quartz Crystals – Twinning
• Wikipédia, Quartz (minéral) et Crystal twinning
• AFM / Micromineral, La cristallographie pour les nuls – Macles
• Celestial Earth Minerals, Japan-Law twinned quartz (2004)
• Géoforum, Mine de la Gardette et ses minéraux
• Mairie de Bourg-d'Oisans, Exposition « Minéraux des Alpes » ; Office de tourisme, Musée des minéraux et de la faune des Alpes
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